La Morzine vallée
d’Aulps
143 km et 3300 mètres de dénivelée.
En rose, les commentaires de Michel.... En bleu, ceux d'Eddie.
Nous sommes 4 cyclistes à faire cette cyclosportive : Michel, 55 ans,les 55 je les
aurais le 31 juillet, qu’on se le dise, Didier, 40, Moi, 36, et Eddie, 30. Il s’appelle
Eddy, un prénom prédestiné. Tu
triches aussi avec mon age : je n'ai que 29 ans.
Michel n’est pas encore
retraité et ne le sera jamais étant donné le problème crucial du financement des retraites. Merci Michel pour ta générosité. Ce n’est pas vrai, je pars au plus tard en 2014.
Didier a décidé de
faire toutes les cyclosportives du calendrier parce que l’année prochaine, c’est fini pour lui, il construit. Il va tapisser, peindre, lasurer et prendre
10kg surtout autour de la taille.
Moi, c’est moi.
Eddy est un champion. Il a fait 13e aux 3 ballons, et est coutumier des performances stupéfiantes comme on
le disait de celles de Lance Armstrong, de celles qui laissent les gens normaux rêveurs et admiratifs. Nous avons partagé la chambre, il ne met pas que de
l’eau dans ses bidons…Que de flatteries, que de calomnies ! 26e à la Transjurassienne par exemple. Devant lui, ce sont des professionnels (Pas exactement tout de même) . Donc, c’est pas compliqué, Eddy appartient à une autre planète, la
planète-des-gens-qui-sont-forts.
Nous 3 autres, les être humains, sommes les besogneux qui
devons s’entraîner longuement, faire des concessions nutritionnelles, bien dormir, tout ça pour grapiller de ridicules minutes et serons toujours les oubliés des classements généraux, ni dans les
premiers, ni dans les derniers, dans le ventre mou où gisent les sans-grades et les bras cassés.Tu comprends mieux Nicolas pourquoi je vote Bayrou, le centre mou ! Et moi à Droite. Avec encore un peu d'entraînement, je vote libéral à fond. A moins
que je n'arrive plus à progresser. Je pourrais alors prendre ma carte chez les rouges : tous premiers !!!
Nous arrivons le Samedi 21 Juin en fin d’après-midi dans cette bonne station de Morzine.5h de route en classe affaire.
On ne peut pas dire qu’il y a foule, et d’ailleurs, on ne le dira pas.J’ai même cru qu’on s’était trompé de date.
Peu de cyclos se présentent à l’inscription où l’on me dit qu’à peine 500 coureurs seront présents pour la course. En réalité, 250 pour le grand parcours et 130 pour le
petit (81 km).Nous logeons le soir dans un hôtel miteux, ouvrant tout spécialement pour nous,
en clair, cela signifie pour les proprios : « par ici la monnaie ». Environ 35€/personne avec le « petit déjeuner » 35x5=175€
Le patron nous accueille en tenue d’apparat : bottes en caoutchouc crottées, torse nu bien poilu (avec le petit ventre flasque à souhait), le
karcher à la main. C’est un sarkosiste, on les reconnaît à leur
lance , il se vante aussi de faire du vélo et de monter très vite
Drôle d’accueil, non ? La patronne est une femme
gentille.
Nos chambres sont moches et chères (la nôtre, Eddy et moi, donne sur la route principale ; les vôtres donnent sur la prairie, côté
sud) et nous devons quémander, chacun à notre tour, qui un bout de baguette, qui du café, pour le
petit-déjeuner du lendemain matin.
J’avais commandé du pain
complet, le poilu a passé la commande au boulanger, la femme du poilu a décommandé pensant à une erreur !
Du coup, elle s'est fait bien moucher par le boulanger. Il a raison quoi : on a du mal
à les suivre.
Le ténardier nous conseille pour la soirée un restaurant de la station,
gastronomique selon lui.
Surprise, le repas fut copieux et
bon. Deux tranches de saumon, cernées par des crevettes
et des pinces de crabe barbotant dans une sauce, des galettes de pommes de terre, je n’aurai pas dû me goinfrer, le lendemain les fruits de mer ont
tenté une sortie dans le col de Joux verte, je les ai ravalés…. Et Eddy s’est envoyé une tarte au chocolat, avec une crème anglaise, il n’a même pas été malade, que d’injustice en ce bas monde.
C'était pour éviter l'hypo dans Joux Plane !
L’accueil fut néanmoins lui aussi spécifique (aux Morzinois ?) : pas de réponse à nos questions sur les menus,
arrachage rapide des dits menus de nos mains ; seul Michel résistera, par bravade, sans aucun doute. C’est la carte des vins que
j’ai bloquée ! Bonne action : le vin était
agréable, enfin, pour ceux qui savent profiter des plaisirs de la table…
Le lendemain, réveil 6h30.
La ténardière nous fait la causette (la station est morte en ce moment ; et c’est toujours comme ça). Nous avalons quelques morceaux de baguettes ultra light, accompagnées d’un café qui
s’avérera difficile à digérer. Etait-ce vraiment du café ?
cette boisson a certainement réveillé mes fruits de mer , c’est pour ça qu’ils ont voulu se sauver… Dans les cas-là,
on ne regrette pas d'avoir du mal à manger à cause du stress.
Nous partons de l’hôtel avec nos montures et devons rejoindre la ligne de départ
à Saint-Jean d’Aulps, quelques kilomètres en dessous de Morzine. Eddy et moi avons patienté 5min devant la porte de l’hôtel. Didier et Nicolas, vous êtes un peu lents. J'atteste.
Michel et moi avons des
dossards prioritaires et passons dans le premier sas de coureurs, au niveau de la ligne de départ. J’ai usé de mon charme auprès de l’hôtesse qui délivrait les inscriptions, j’ai encore quelques succès avec les femmes ….de
plus de soixante ans ; mon sachet ne contenait pas de compote, j’en ai réclamé une et la charmante dame m’en a donné trois ! je les ai donné
à Nicolas et Didier (il aurait mieux valu qu’elle en donne quatre) Tu m'avais caché ça
Michel
Didier et Eddie sont relégués avec la masse ; Didier nous envie, car nous sommes avec les cadors, Eddie, lui, attend son heure,
car c’est lui le cador.
C’était un piège, ces bons dossards, on
est parti trop vite ; cependant dans le box de départ, cela m’a permis de discuter avec mon voisin roulant aussi avec un Time ; vélociste de métier il ne tarit pas d’éloge sur la
marque ; Nicolas écoutait son discours un peu contrit, il faut dire qu’il n’a pu s’offrir qu’un Trek, on verra un peu plus loin que ça lui permet d’avoir une excuse à ses
contre-performances.
Ca y est. On est parti ! Ca va assez vite derrière la voiture
de course pendant quelques kilomètres. Le peloton est compact. Nous sommes rapidement rejoints par celui où figurent Didier et Eddie. C’est bien la peine, tiens. Moi, je ne les ai même pas vu passer. Tu aurais voulu que je fasse "coucou" ?
Première montée : col de Joux Verte, irrégulier, en pente moyenne au début, très jolie vallée, petit lac, puis, plus raide, entre 8 et 10%, pendant 4 kilomètres. Je suis avec Didier un
moment. Des groupes se forment. Eddie est déjà parti et personne ne le verra avant l’arrivée. Avec un groupe un peu rapide dont je me demande si c'est une bonne idée de le suivre : ils ont tous des pattes bien rasées et
luisantes. Michel est derrière. Je confirme, mes passagers, les crevettes, veulent voir le
paysage ,elles n’ont jamais vu la montagne.
Le départ rapide fait que nous montons à un rythme qui n’est pas le nôtre. Je confirme, d'ailleurs est-ce vraiment
une bonne idée de suivre ces jambes rasées ?....Je m’arrête pour répondre à un besoin pressant à un lac. Didier
conservera une avance de quelques hectomètres au sommet. La descente est difficile.
Pas du tout, route large, bien dessinée avec de nombreuses épingles à cheveu, un
bonheur , en fait le seul danger est un groupe de motards microcéphales qui ont décidé de faire un chrono dans la montée du col que nous descendons en faisant fi des cyclos
.
Nous repassons par Morzine, il faut quand même avouer que nous
pratiquons une drôle d’activité, puis Saint-Jean d’Aulps, où je rejoins Didier. 20 kilomètres de plat relatif. Sur ce tronçon on a descendu 150m de dénivelée.
Quand je prends des relais, je
fais tout exploser, les dérailleurs paniquent et les danseuses s’affichent. C’est pas très malin de ma part, ça prouve 2 choses : 1) que je suis meilleur sur le plat que certains, 2) que je
dois faire attention de ne pas faire éclater les relais, car ça énerve tout le monde, à juste titre. 3) que tu vas le payer de faire le malin avec des grimpeurs, tu te crois aux quatre jours de
Dunkerque
On quitte la grande route pour monter sur La Vernaz. J'ai du mal à suivre, je ne sais toujours pas si c'est une bonne idée de me mettre dans ce groupe. Pente entre 8 et 10%. Didier me lâche. J’ai un peu de mal, sans comprendre pourquoi. Petite descente sympathique qui nous mène, vent de
face, au village de Lullin. C’est raide. 10%. Nous sommes sur la route du col des Arces. Je me suis fait
décrocher… et puis non, c'est trop con, le sommet n'est pas loin, je reste avec eux, mais franchement, je ne sais pas si c'est une bonne idée, je vais finir pas exploser….Ca fait environ 60 kilomètres que nous roulons. Le chaleur m’anesthésie et les forces m’abandonnent déjà. Il fait 35° et mon organisme se
met en position « basse consommation ». Tout le monde me dépasse. Michel me rejoint à son tour (même
moi, c’est dire si tu es mal).
Je m’entends encore lui dire : «je suis cuit ». Déduction, pour cuire un Nicolas inutile de mettre
votre four à 250° comme un rôti de porc, 35°C suffisent !
Moralement, c’est pas la grande forme, car l’arrivée est loin et Joux-plane est redoutable. Physiquement, je subis complètement. Un jour sans.
Puis, c’est au tour du col de Terramont. Suffit
les conneries : je laisse partir, quoique,… sur le plat après, ça peut servir d'être avec ce groupe… je ne sais vraiment pas si… allez, roule va !. La pente est modérée, le revêtement est excellent. Je sais pertinemment que c’est le genre de col que j’avale d’habitude avec facilité.
Ici, je tourne au ralenti. Impossible d’envoyer.
Dans la
traversée d’un village le groupe dans lequel je figure est gêné par un tracteur qui porte une herse très large. L’agriculteur travaille, la route lui appartient, il habite ici donc pas question
de partager le goudron. Il occupe toute la route et sur un bon km nous sommes contraints de rester derrière. Il faut dire que les herses sont
redoutables !
Je pressens que la course va durer plus longtemps que prévu. Un
coureur avec le même vélo que le mien (TREK Madone 5.2 SL) me dépasse et me sort : « ça vaut rien pour la montée, ces vélos ! ». Trek a réussi à en vendre plusieurs ? ils ont des bons commerciaux !Je pense abandonner. Ton vélo , le vélo ou la Morzine?
J’essaie de rouloter après le sommet sur des
routes vallonnées, casse-pattes, où je me sens relativement bien. Mais ça va pas très vite. J'ai bien fait de
serrer les dents : c'est toujours plus sympa d'être en groupe sur les faux plats. Mais dans Joux-Plane, mes efforts risquent de faire mal….
Le parcours est très joli. Le Mont Blanc et l’Aiguille de Bionnassay se dévoile dans une descente. Superbe.
Je me fais rejoindre dans une descente par un couple de cyclos ; je décide de rouler avec eux, à vitesse modérée, pour ne pas trop prendre le vent d’une part, pour discuter avec eux d’autre
part. C’est bon de briser la solitude. On roule pépère jusqu’à Samoëns, en s’arrêtant aux points d’eau et aux ravitaillements.
Moi aussi je m'arrête au ravito…Ah, ben, pas les autres…je suis tout seul comme un con. Ah non, on est
2. Encore une bonne chasse pour rentrer dans le groupe, de quoi être frais pour attaquer Joux-Plane !
Une quinzaine de km de plat, avec un petit vent dans le dos, je roule souvent seul, j’en profite pour
manger le petit sandwich au fromage (MON fromage : ah là on ne critique plus mes produits secrets hein
?) que je m’étais préparé ; ça a fait un mélange avec les crevettes (elles n’ont pas renoncé) et mon estomac a été barbouillé pendant toute la montée de Joux
Plane.
Le Col de Joux-Plane débute. C’est 12 kilomètres à 9 % de
moyenne.
Le début est relativement peu pentu, On a pris la même route ? mais j’ai déjà du mal. Pour moi le début fut le plus difficile, pour moi aussi, avec la fin et surtout le milieu, je me demandais même comment j’arriverais là-haut, devrais-je
pour la première fois de ma vie de cyclo monter dans la voiture balai ? je me suis arrêté 5 min à l’ombre. Au pied de Joux Plane, je suis toujours avec le groupe. Je ne sais toujours pas si c'était une bonne idée... mais, à
partir d'ici, finalement, je m'en fous pas mal. Tout se passe comme prévu : je me fait poser par tout le monde. Faut pas déconner quand même, je veux bien tenir compagnie, mais
un Joux-Plane ça se savoure seul et à son rythme !
Il fait vraiment trop chaud pour moi. Moi, ce que j’aime, c’est la pluie et le froid, le Nord, quoi. Bon, après, c’est le calvaire. Je m’arrête tous les hectomètres en essayant de m’ombrager un
tant soit peu. En plein midi, sur une face sud , c’est mission impossible. Un moment, je m’allonge dans un fossé et dors une dizaine de
minutes. Je remonte sur le vélo, je vois enfin une source, et je m’asperge à grandes eaux pour me refroidir. Moi
j’ai trempé les pieds dans l’abreuvoir, j’ai testé l’étanchéité de la puce électronique fixée autour de la cheville, je me suis complètement aspergé d’eau avec le bidon ; cela m’a permis de
faire 2 km à peu près correctement. Je fais attention néanmoins de ne pas boire trop rapidement l’eau qui est très fraîche. Je continue mon errance sur ces pentes qui deviennent
carrément pénibles : 13% avant la Combe Emeru. Je ne suis pas le seul à souffrir. Beaucoup s’arrêtent au bord de la route. Je vois un coureur qui tombe de son vélo sur le bitume. Y en a qui
sont toujours en train de déconner…
Les kilomètres sont
interminables.
Tu ne connaîs pas tes unités de mesure,
Nicolas : 1km de plat=1,5 km à 5%, = 2km à 10% ; etc le km n’est pas une constante !
A une épingle à cheveux, j’aperçois un photographe présent dans une voiture. Je fais un effort pour sourire, car il faut toujours sourire dans ces moments-là. Je tiens à rester
digne et élégant, même dans l’adversité. Effectivement la photo montre un cyclo élégant, le sourire aux lèvres qui
semble se balader dans des pentes à 10% tu es le roi du bluff ! Ah ?
Parce que vous avez réussi à voir quelque chose sur les photos ratés ?
15 mètres après, je m’affale sur
le bas-côté.Encore plusieurs dizaines de minutes (je dois rouler à 6 km/h) avant d’atteindre le
sommet. Le dernier kilomètre est insupportable : pas d’arbre. Là, tu exagères un peu, personnellement, je ne souffre plus dans le dernier, pour ma part une jeune fille rousse à la peau claire et aux cheveux longs, elle avait ôté son
casque, m’a doublé juste sur la ligne du sommet, mais je lui ai mis 1min30 dans la descente, hé, hé il n’y a pas de petit
plaisir.
Au sommet, un ravitaillement en eau (en eau seulement) est le bienvenu.
J’essaie de plaisanter un peu. Ca va, je n’ai pas perdu la tête et suis encore lucide. Le gars me dit : « maintenant, c’est bon, ça descend jusqu’à Morzine ». Quel con !
Non, monsieur, ça ne descend pas. Enfin, plutôt, ça descend, mais pour mieux remonter. Psychologiquement, c’est dur. J’en vois un qui fait les 500 mètres de montée ultime à
pied. Pareil pour moi : un mec m'a dit :
"allez, c'est fini". Ca devait être le frère du tien. Ils sont farceurs dans la famille !
La descente
commence alors, relativement difficile, encore une descente que tu n’as pas appréciée, moi je l’ai
trouvé très plaisante, belle couche de roulement sauf dans l’arrivée de Morzine, je pense que mon Time fait la différence sur ce genre de terrain, et je me dis en mon for
intérieur que cette course était trop éprouvante. Je n’ai pas pris beaucoup de plaisir. Beaucoup de souffrance à la place.
Je mets 7 heures à l’arrivée (6h56 pour être précis), soit une heure de plus que je ne l’escomptais. Je récupère tout de même un
brevet d’or, pour lequel je devais faire moins de 7h30.
Cette
année de récession, ils les bradent ! 80% d’une classe d’âge doit l’obtenir.
Michel (6h20) et Didier (6h08) ont mieux tourné, mais manifestement, ce fut difficile pour tout le monde.
Eddy a terminé 23e en 5h11. Quel
talent ! Mon secret : les bananes sèches
!
Le premier met 4h40. Il est dopé…
Le dernier
met 8h44.
Assiettes habituelles, crudités, pâtes ; et tout
le monde ou presque est satisfait d’avoir bouclé le parcours.
Conclusion de la
journée : la prochaine fois que la météo affiche des températures aussi fortes, je fais le petit parcours. En voiture
climatisée !
Retour sympa, tout le
monde racontait sa journée ; discussion animée à thèmes variés : énergie, instances européennes, foot, pause fromage et chocolat suisse à l’aire de la Gruyère. 5h pour rentrer à Darstein. 800kmA-R